Rugby à XIII féminin : reconstruire pour durer
Le rugby à XIII féminin français traverse une période difficile avec la disparition de nombreux clubs seniors chaque saison. Nous avons enquêté pour comprendre pourquoi et quelles solutions pourraient sauver la discipline.
Dans le sud de la France, les équipes féminines de rugby à XIII continuent de se battre sur le terrain, jonglant entre entraînements, travail et vies personnelles. Pourtant, alors que le sport féminin se développe dans de nombreuses disciplines, le XIII féminin peine à maintenir ses effectifs. Il y a six ans, 27 clubs seniors étaient engagés, aujourd’hui ils ne sont plus que 11. Cette baisse souligne les difficultés pour créer et pérenniser des équipes, malgré l’investissement des joueuses et des clubs qui continuent de faire vivre la discipline.
On a des filles… mais que leur propose-t-on ?
Julien Cancé, entraîneur de Lescure et co-sélectionneur de l’équipe de France, observe la situation avec lucidité :
Il y a de plus en plus de filles dans les catégories jeunes. Mais il faut leur proposer un vrai projet sur la durée.
Jessika Guehaseim, ancienne internationale, insiste sur l’importance de la formation :
Le principal levier, ce sont les jeunes. L’avenir du XIII féminin se construit en U15 et U17. Les clubs comme Lezignan, les Déesses Catalanes ou Villeneuve montrent qu’il y a un vrai potentiel, mais il faut les soutenir et leur offrir des perspectives sur le long terme.
Mais former, c’est une chose. Retenir ces joueuses et les accompagner vers le haut niveau en est une autre.
Des équipes qui tiennent… jusqu’à ne plus tenir
Créer une équipe féminine est déjà un défi, la maintenir l’est encore davantage. Jules Labeyrie, entraîneur du XIII Gascon, ne mâche pas ses mots :
Créer une équipe est compliqué. La conserver sur plusieurs saisons l’est tout autant. Les déplacements sont longs, coûteux, et les contraintes personnelles beaucoup plus importantes que chez les garçons.
Pour Nicolas Deffolin, la problématique est similaire :
Les contraintes familiales et professionnelles des joueuses sont réelles. Et ce n’est pas juste une question de manque d’effectif : certains week-ends, il faut faire un choix.
Ronan Wehrell, coach de Provence XIII, pointe également l’absence de visibilité médiatique :
Beaucoup de finales féminines ne sont pas diffusées, et peu de communication est faite autour des compétitions. Résultat : le public ne suit pas, les jeunes ne s’intéressent pas, et les clubs peinent à recruter.

Entre élite et amateur : des leviers encore trop faibles
Pour les entraîneurs et dirigeantes, plusieurs pistes émergent :
- Favoriser les ententes entre clubs pour limiter les déplacements et renforcer les équipes
- Imposer aux clubs de Super XIII d’avoir une section féminine, à l’image de l’Angleterre ou de l’Australie
- Développer les catégories jeunes et permettre aux filles de pratiquer dès le plus jeune âge
- Miser sur la communication et la médiatisation pour valoriser les joueuses et leurs performances
Guy Campourcy, entraîneur des Déesses Catalanes, ajoute :
Il faudrait obliger les clubs d’élite à avoir une équipe féminine, quitte à regrouper plusieurs clubs. Ensuite, faire davantage de détection dans les écoles et lycées pour créer un vrai réservoir de joueuses.
Jérémy Jourdan, coach de Pujols, insiste sur le rôle du rugby à XV :
Il faut des doubles licences pour attirer les filles et leur permettre de jouer près de chez elles. Cela faciliterait la pratique et limiterait les abandons.
Les structures nationales : un frein au lieu d’un levier
Si les solutions existent, le cadre national semble parfois plus un obstacle qu’un soutien. Les changements répétitifs de coachs à la tête de l’équipe de France féminine créent une instabilité :
On a l’impression que le XIII féminin n’est pas pris au sérieux, soupire un entraîneur.
Même la diffusion des finales de championnat n’envoie pas le bon message : la finale d’Elite 1 féminine n’est plus programmée le même jour que celles des garçons et des U19, réduisant sa visibilité.
La commission nationale des féminines est, elle aussi, pointée du doigt : seulement deux personnes à son actif, aucune ouverture aux clubs et aucune réunion annuelle pour échanger sur les problèmes et solutions. Résultat : les idées stagnent et les initiatives locales restent isolées.
Un autre levier qui revient souvent dans les témoignages des entraîneurs et dirigeants, c’est l’accompagnement des clubs par les comités et ligues locales. Les Attachés Techniques Départementaux (ATD) pourraient jouer un rôle beaucoup plus actif pour aider les clubs à se développer, notamment en créant de véritables passerelles avec les établissements scolaires. Le modèle existe déjà dans certains clubs comme Pia, Lescure ou Ayguevives, qui ont réussi à intégrer les sections sportives et les collèges pour former un vivier de jeunes joueuses. Ce type d’initiative permet non seulement d’attirer de nouvelles joueuses mais aussi d’assurer la continuité des effectifs, un enjeu clé pour la survie et le développement du XIII féminin.
La solution pourrait être simple : quantité et structuration
Pour Jules Labeyrie, la clé est de travailler sur la quantité :
Plus il y aura d’équipes, plus il y aura de joueuses. La qualité viendra ensuite.
Certains clubs l’ont compris, en utilisant le rugby à 7 comme tremplin pour initier de nouvelles équipes, créer des poules de brassage et permettre à des joueuses débutantes de progresser en Elite 2 avant d’accéder à l’Elite 1. Mais au-delà du terrain, le XIII féminin a besoin de reconnaissance, de moyens et d’une vision nationale pour se structurer sur le long terme.
Une urgence à combler
Si le rugby à XIII féminin français ne manque ni de passion, ni d’idées, il reste à convaincre les institutions et le public de son importance. Chaque saison où une équipe disparaît, c’est un pan de l’histoire du sport qui s’efface.
Tant qu’on ne donne pas aux clubs les outils, les moyens et la reconnaissance, nous continuerons à courir après notre propre survie, résume Julien Cancé.
Dans ce contexte, le XIII féminin se trouve à un tournant. Soit il réussit à se réinventer, à structurer ses clubs, ses championnats et ses joueuses. Soit il continuera à disparaître silencieusement, match après match, génération après génération.
Le constat est donc clair : le XIII féminin en France possède un énorme potentiel, mais il reste fragile. Les clubs et joueuses continuent de se battre pour exister, souvent avec peu de moyens mais beaucoup de passion. Malgré ces difficultés, des leviers concrets existent pour développer la pratique : structuration des clubs, investissement des ATD dans la détection et les passerelles scolaires, implication des clubs de Super XIII, création de championnats régionaux et meilleure visibilité médiatique.
De nombreux dirigeants, entraîneurs et joueuses sont déjà motivés et travaillent chaque jour pour faire progresser le sport. Cette énergie et cette volonté collective sont un véritable moteur : si elles sont accompagnées par la fédération et les comités, elles pourraient permettre de stabiliser les effectifs, fidéliser les jeunes joueuses et offrir un avenir solide au XIII féminin. La route est encore longue, mais les fondations pour une renaissance sont bien là, et le futur pourrait enfin être à la hauteur de la passion qui anime ces joueuses sur les terrains.



Même problématique qu’il y a 20 ans .
Favoriser les ententes ne ferait que diminuer le nombre d’équipes. 1 + 1 n’égale pas 2 dans ces cas là. Il faudrait au contraire aider les clubs à créer des sections féminines quitte à débuter avec des effectifs faibles.
Il faudrait peut-être en parlé au prochain webinaire que la FFR XIII organise le lundi 13 avril prochain ? …..
blabla comme d’hab…pour rien
des politiques a la gestion
Pourquoi tu dis ça Kart1315 ? …..