La France subit un décalage de niveau face aux pays voisins
Le rugby à XIII est en quête de reconnaissance sur tous les plans. Ce défi concerne tous les niveaux, qu’il s’agisse des catégories masculines ou féminines. Et pour cause, les exigences en France sont souvent moins élevées qu’à l’étranger. Lauréane Biville, joueuse internationale française, l’a ressenti.
Un amour de famille devenu vocation pour la joueuse internationale française de rugby à XIII, Lauréane Biville. « J’ai découvert le rugby à XIII grâce à mon petit frère Esteban ». À l’époque, elle pratique la gymnastique. Mais l’appel du ballon ovale est inévitable. « J’accompagnais mon frère à tous ses entraînements et c’est devenu ma passion. » Depuis ses 12 ans, Lauréane trace son chemin dans une discipline où, à ses débuts, elle était la seule fille du club. « Aujourd’hui, nous voyons beaucoup plus de filles dans la discipline, mais nous restons très loin du rugby à XV en termes de développement », déplore-t-elle.
« Le rugby à XV a su travailler sa visibilité alors que le XIII reste confiné »
Le rugby à XIII français, longtemps victime d’une interdiction sous le régime de Vichy, peine encore à se relever. « Se cacher éternellement derrière cette histoire n’aide pas. Le XIII a survécu, mais aujourd’hui nous stagnons. Notamment car il n’y a pas de prise de risque réelle au niveau des instances supérieures. » Le manque de médiatisation est flagrant : « Si tu ne connais pas viàOccitanie, ou si tu ne vas pas sur YouTube, tu ne vois jamais de XIII à la télévision. C’est frustrant. Le rugby à XV a su travailler sa visibilité alors que le XIII reste confiné à son cercle d’initiés. »
Lauréane a vécu des expériences à l’étranger. En Angleterre et en Australie, où elle a porté les couleurs de grands clubs, comme Wigan ou encore les Easts Tigers mais le décalage avec la France lui a sauté aux yeux : « En Australie, le rugby à XIII est une religion. Les filles y sont professionnelles, les stades sont pleins et les contrats affluent. En Angleterre, le même phénomène est identique avec la Super League féminine. En France… cela fait un choc quand on revient. Notre équipe de France est quasiment invisible. », déplore-t-elle. Il y a certes, une différence de culture, mais surtout d’exigence. « Là-bas, si tu ne termines pas un cardio sur les rotules, c’est que tu ne t’es pas donné à fond. En France, on reste encore trop dans le « on vient, on participe ». Nous n’avons pas cette mentalité de la gagne. »
La Coupe du monde 2025, qui devait se tenir en France, a été annulée faute de moyens. « Nous n’avons pas été surpris. Même le XV a fini déficitaire avec sa Coupe du monde. Notre fédération beaucoup plus modeste n’aurait jamais pu absorber ça », constate Lauréane. Pour autant, l’équipe de France féminine s’est qualifiée pour la prochaine compétition en 2026, en Australie et Nouvelle-Zélande. « Ça va être dur, mais incroyable. Nous allons pouvoir nous mesurer au meilleur niveau mondial. »

Lauréane Biville sous les couleurs de Wigan
Un avenir incertain mais plein d’espoir
L’état des lieux est brutal. « En France, les filles ne sont pas professionnelles. Elles sont indemnisées pour les stages, mais nous travaillons toutes à côté. C’est un cercle vicieux, on nous dit que sans niveau nous ne pouvons pas passer professionnelle, mais nous ne pouvons pas atteindre ce niveau car nous n’avons pas les moyens de s’entraîner comme il le faut. » Elle cite son propre exemple. « Mon frère joue à Limoux, en Élite 1 masculine. Lui, il peut toucher un petit salaire. Moi, joueuse d’équipe de France, je ne touche rien, voire ça me coûte de l’argent. C’est frustrant. Pourtant, on fournit les mêmes efforts, et nous y mettons la même énergie ».
Lauréane reste malgré tout tournée vers l’avenir. « Ce n’est pas une fatalité. On pourrait commencer par attribuer des primes de match, ou des petites rémunérations pour la présence aux entraînements. Ce serait un début. Il faut réussir à attirer des filles et les récompenser », précise-t-elle avant de renchérir « Il ne faut pas rater le virage actuel. Nous avons des licenciés et des écoles de rugby qui fonctionnent. Nous ne sommes pas en crise totale, mais nous pourrions vite l’être si nous ne nous structurons pas maintenant comme l’ont fait l’Australie et l’Angleterre. Le XIII est encore vivant grâce à l’amour et au travail des bénévoles. Mais nous ne pouvons pas tout faire sans le soutien des instances fédérales », conclut-elle.
Mélanie Eve



Bonjour,
bonne analyse, mais, vu l’état de l’ensemble de la fédération et les recettes, c’est pas gagné, loin de là !
merci à la famille Biville pour sa sportivité.
bon courage à toutes et tous.