Hull KR vs Wigan, David contre Goliath
L’affiche de la finale de Super League 2024 n’a rien d’étonnant au vu de la saison de Wigan et Hull KR. Mais qu’en est-il des différences qui séparent ces deux clubs aux passés bien opposés ?
Wigan, le Back to Back
Les Warriors ont laissé passer l’orage ces dernières années. Dominés par l’hégémonie de St Helens, sacré champion 4 fois d’affilée (2019, 2020, 2021, 2022), les Warriors ont sagement attendu leur tour pour enfin asseoir leur domination sur le rugby anglais. Wigan a donc retrouvé de sa superbe, lui qui fait partie des clubs les plus emblématiques de notre sport outre-Manche, et club le plus titré de l’histoire.
L’an dernier déjà, la machine était en route. Vainqueur du League Leaders’ Shield, Wigan ne faisait qu’une bouchée des Dragons Catalans en finale à Old Trafford et soulevait sa 6ème Super League depuis sa création en 1996. Cette année encore, le club de la banlieue de Manchester est de retour dans le « Théâtre des rêves ». Premiers du classement, Liam Farrell et ses hommes terminent la saison avec 44 points glanés lors de leurs 22 victoires en 27 matchs.
Un back to back en finale de Super League qui laisse Matt Peet et les siens à 80 minutes d’un triplé championnat, coupe et Coupe du monde des clubs cette saison.
Hull KR, enfin le dernier carré
C’est la liesse qui a envahi Craven Park lors des trois coups de sifflet de l’arbitre lors de la demi-finale. Hull KR tenait son billet pour la première grande finale de son histoire au terme d’un match au suspense fou. Cela faisait déjà quelques saisons que les Robins flirtaient avec le dernier carré sans jamais parvenir à faire pencher la balance de leur côté.
En 2021, ils créent l’exploit. Après une qualification dans le wagon des playoffs in extremis, Hull fait tomber Warrington en quart mais laisse à Perpignan le billet pour sa première finale. Ça ne sera pas cette fois-ci. En 2023, Hull KR est de retour, et à la 4ème place cette fois. Leigh ne bataille pas en quart de finale, mais c’est encore en demi-finale que s’arrête l’aventure, face à Wigan, futur champion. Mais les fans des Robins le savent, leur heure viendra.
Et le jour de gloire est arrivé, ou plutôt la saison de gloire. 2èmes du classement, à deux petits points du rival Wigan qu’ils affrontent en finale, les Robins ont réalisé la saison la plus aboutie de leur histoire. Longtemps en tête du classement, dominant chacune des équipes qui s’avançait face à eux, les hommes de Willie Peters ont craqué en toute fin de course et ont dû se résoudre à céder le League Leadershield aux Warriors. Hull KR élimine Warrington dans une demi-finale de folie (10-8) et tient enfin sa grande finale.
Wigan, le géant
En Super League, Wigan est une institution. Une véritable usine mais surtout une machine à titre. Depuis la création du club en 1872, les « Cherry and White » n’ont cessé de dominer le rugby anglais et ont créé un palmarès tout simplement affolant. Du premier titre en 1909 à l’épopée des années 90 (7 titres consécutifs en 1990, 1991, 1992, 1993, 1994, 1995, 1996), Wigan a remporté la bagatelle de 23 titres de champion d’Angleterre, ce qui fait du club de Manchester l’équipe la plus titrée de l’histoire.
Mais Wigan a aussi vu passer de grands noms de notre sport et du ballon ovale en général. Gary Connolly, l’arrière Jason Robinson mais aussi Andy Farell, ancien troisième ligne et actuel sélectionneur du XV du trèfle, ont tous foulé la pelouse du DW Stadium sous les couleurs blanche et bordeaux.
Hull KR, un petit poucet devenu grand
L’ascension d’Hull KR touche à sa fin. Évidemment, comme pour tous les clubs, l’aboutissement de celle-ci serait le Graal, un titre final. Mais lorsque, comme les Robins, on a connu les bas-fonds de la hiérarchie treiziste anglaise, une saison majuscule comme celle qu’ils viennent de vivre est, déjà, une réussite.
Introduits en 2006 en Super League, une décennie après sa création, les Robins parviennent à se maintenir dans le wagon de la première division anglaise, accrochant même une 4ème place, leur plus haut classement, en 2009. Mais cette période n’aura duré que 10 ans. 11èmes au classement, Hull KR ne peut éviter la relégation en 2016 et reprend en Championship l’année suivante. À force de travail et d’abnégation, Hull KR est finalement de retour en Super League en 2018 et va peu à peu gravir les échelons jusqu’à retrouver le haut du tableau.
Wigan, l’expérience
Mais alors comment justifier une nouvelle fois la présence de Wigan en finale ? Eh bien peut-être d’abord par son expérience des phases finales. Face à Leigh en demi-finale (38-0), c’est l’expérience des matchs à enjeux qui a fait la différence. Les Leopards, parfois dominateurs, ont été incapables de concrétiser, se précipitant souvent devant la ligne de marque. Alors que leurs adversaires, champions en titre, ont converti chacune de leur incursion dans le camp de Leigh par des points. Résultat sans appel.
Mais c’est aussi tout au long de la saison que Wigan sait faire preuve d’expérience. Faisant partie des clubs les moins touchés par les blessures (hormis Isa, O’Neill et Farell blessés longue durée), Wigan et Matt Peet ont parfaitement su alterner entre rotation des cadres et sérieux dans chacun de leur match pour être sûrs de s’imposer à chaque fois.
Enfin, c’est peut-être aussi vers la stratégie de recrutement qu’il faut se tourner. Et ce que Wigan sait faire de mieux, c’est confronter les 2 écoles majeures. Une formation de qualité et des recrues intelligemment choisies.
La première est illustrée par l’explosion totale de Junior Nsemba, 20 ans seulement, auteur d’une saison grandiose. Mais aussi par le petit talonneur de poche Tom Forber qui a fait ses débuts en Super League cette saison. Et la deuxième s’illustre par des pioches savamment tirées de NRL ou de seconde division australienne, la NSW et la QLD Cup. C’est par exemple le cas de Kaide Ellis, Jai Field ou Bevan French qui forment aujourd’hui l’épine dorsale et le cerveau du rouleau compresseur qu’est devenu Wigan.
Hull KR, la continuité
Pour les Robins, c’est dans la régularité qu’il faut puiser pour expliquer les résultats de cette saison. Pas de grandes stars, une formation qui fait du bon travail sans non plus être la meilleure en la matière, mais une équipe première soudée et qui a le sens du sacrifice plus que quiconque dans le championnat cette année.
Autour d’une charnière remodelée cette année, la vista et la fougue de Mikey Lewis (24 passes décisives, 19 essais) associées à la sérénité et l’expérience du champion NRL 2021 Tyrone May ont eu raison des défenses de Super League. Mais ce n’est pas là la force des Robins. Car cette saison, sur les 27 matchs qu’a joués Hull KR, le coach Willie Peters n’a utilisé que 26 joueurs.

Comme Wigan, Hull KR affiche une étonnante résistance, ou du moins une énorme préparation physique. Ce qui a permis au staff des Robins d’aligner souvent la même ossature, notamment aux postes clés, améliorant ainsi de jour en jour les automatismes entre les joueurs.
Mais ces résultats s’expliquent surtout par le paquet d’avant. Tout connaisseur de rugby sait que quand les gros avancent, les trois-quarts s’amusent. Eh bien cette saison à Hull KR, le pack a excellé dans deux domaines. Celui de la conquête et celui de la défense. On l’a d’ailleurs bien remarqué lors de la demi-finale. KR a été impressionnant de solidarité et d’abnégation devant les assauts répétés des Wolves de Warrington.
Wigan en terrain conquis
Comme on le disait, Wigan réalise le back to back et s’avance confiant dans une situation qu’il connait déjà. La plupart des joueurs sacrés champions en 2023 sont encore là et savent ce qui les attend. Ils connaissent la pression, le terrain, l’atmosphère étouffante d’un Old Trafford plein à craquer. Wigan connait tout cela. Mais comme toujours, une finale n’est jamais joué d’avance, qui plus est contre un petit nouveau qui pousse les portes d’un Théâtre des rêves qu’il n’a encore jamais foulé. Avantage Wigan, donc, mais peuvent-ils se faire surprendre ?
Hull KR, la pression du petit nouveau
Eh bien oui, ils le peuvent. Ils le peuvent parce qu’à la différence de Wigan, les Robins, eux, n’ont rien à perdre. Le titre est évidemment un objectif mais la réussite de cette saison, dont l’éternel insatisfait Willie Peters ne peut se contenter, pourrait pousser Hull KR à réaliser l’inconcevable et à redoubler d’effort pour faire tomber Wigan et lui empêcher le triplé.
La pression du moment, la pression de l’environnement, évidemment qu’elle est sur les épaules des Robins mais ne serait-ce pas sur celles des Warriors que plane le plus de pression ? La réponse samedi 12 octobre à 19h, sur le rectangle vert d’Old Trafford.



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