Elisa Ciria : « Je ne vois ni la légitimité ni la cohérence d’un tel changement »
Elisa Ciria, qui a quitté la Fédération le 1er septembre dernier, a été pendant trois ans la manager de l’équipe de France féminine aux côtés du sélectionneur Romain Maillot. Dans cet entretien, elle réagit à cette décision et soulève de nombreuses questions sur ses justifications et sur la gouvernance du rugby à XIII.
Vous avez travaillé avec Romain Maillot en tant que manager de l’équipe de France féminine pendant trois ans. Quelle a été votre réaction en apprenant son départ du poste de sélectionneur, à seulement dix mois de la Coupe du monde ?
Franchement, ça a été un choc. J’ai côtoyé Romain pendant ces trois années et j’ai pu constater tout le travail accompli par lui et par le staff. Nous avons mis en place un suivi rigoureux des joueuses, qu’il soit médical, physique ou technique, pour les faire progresser dans les meilleures conditions. Au vu de cet investissement et des progrès réalisés, je m’interroge énormément sur les raisons de cette décision. Pourquoi écarter Romain, le mettre au second plan, et lui retirer son rôle décisionnaire à dix mois d’une échéance aussi importante que la Coupe du monde ? C’est incompréhensible pour moi.
La Fédération a communiqué sur le départ de Romain mais n’a pas réellement expliqué publiquement les raisons qui l’ont poussé à vouloir modifier le staff. Qu’en pensez-vous ?
À ma connaissance, il n’y a pas eu d’explication claire et publique de la part de la Fédération sur ce choix. Officiellement, on s’est contenté d’annoncer son départ. En interne, j’imagine qu’on pourrait invoquer la recherche de meilleurs résultats ou l’apport d’une nouvelle expertise… mais sincèrement, l’équipe était dans une bonne dynamique. Cette décision semble avoir été prise sans concertation avec le staff en place, ce qui pose un vrai problème de méthode. Je ne vois ni la légitimité ni la cohérence d’un tel changement au regard du travail engagé ces dernières années.
S’ils estimaient qu’il manquait quelque chose, il existait d’autres manières de renforcer le staff sans bouleverser la hiérarchie. Là, on a l’impression qu’on a voulu imposer un nouveau numéro un à la tête de l’équipe du jour au lendemain. Je ne comprends pas quelle urgence ou quel argument peut justifier de casser ainsi la dynamique si proche de l’échéance mondiale.
Sur le plan sportif, le bilan de Romain Maillot à la tête des Bleues semblait pourtant positif. L’équipe de France féminine a décroché sa qualification pour la Coupe du monde et enchaîné plusieurs victoires ces dernières années. Comment les évaluez-vous ?
Tout à fait, le bilan sportif est loin d’être négatif, au contraire. L’objectif principal, se qualifier pour la Coupe du monde, a été atteint. Au cours des trois dernières années, l’équipe a enregistré des victoires importantes : deux succès contre la Serbie, une victoire contre le Pays de Galles, une victoire contre la Grèce et une victoire contre l’Irlande.
Bien sûr, l’Angleterre nous a battues à deux reprises, et nettement, mais il faut nuancer ces défaites. La première confrontation s’était soldée par un 0-64 en 2023, puis l’écart a été réduit à 0-42 en 2024 lors de la deuxième rencontre. Cela montre que nous étions en progression, face à l’une des toutes meilleures nations mondiales qui dispose d’un championnat féminin très structuré. Franchement, qu’est-ce qu’on pouvait demander de plus en si peu de temps ? Les joueuses ont beaucoup donné et les résultats étaient en ligne avec les attentes : battre les nations à notre portée et combler peu à peu le retard sur les plus grandes équipes.

Certains observateurs objecteront peut-être que vaincre la Grèce ou la Serbie n’est pas un exploit en soi car ce sont des nations émergentes. Quel regard portez-vous sur la valeur de ces victoires ?
Il faut rester objectif : oui, la Grèce et la Serbie sont des nations où le rugby à XIII féminin débute, et ces équipes étaient sans doute en dessous du niveau des Françaises. Mais on ne peut jouer que contre les adversaires qui se présentent, et nous avons fait le travail sérieusement à chaque fois. Je rappelle que ces matches s’inscrivaient dans le processus de qualification et que nous avons rempli notre mission en gagnant les rencontres qu’il fallait gagner. Si on minimise ces victoires-là, il faut aussi s’interroger sur d’autres situations similaires.
Par exemple, l’équipe de France masculine a dû jouer sa qualification pour la Coupe du monde 2026 contre la Jamaïque, qui n’est pas une nation majeure du rugby à XIII. Personne n’a remis en cause l’importance de ce match ni la valeur de la victoire française ce jour-là, au contraire, on lui a donné beaucoup d’exposition médiatique et on s’en est félicité. Alors pourquoi dévaloriser les performances des féminines face à des équipes en développement, alors qu’on valorise ce type de résultat chez les hommes ? Il y a là un deux poids, deux mesures qui m’étonne et me dérange un peu.
Vous pointez du doigt un manque de cohérence dans l’évaluation des résultats. Vous avez également évoqué vos doutes sur la manière dont cette décision a été prise et sur ceux qui l’ont prise. Qu’est-ce qui vous fait remettre en question la compétence des décideurs dans ce dossier ?
Je ne parlerai pas de compétence. Ce qui me frappe, c’est l’écart entre la décision prise en haut lieu et la réalité du terrain que nous, staff et joueuses, avons vécue pendant trois ans. Pendant ces trois années, le groupe a bien vécu, bien travaillé. Or, pendant ces trois années, je n’ai quasiment jamais vu les membres de la cellule dirigeante venir assister à un stage de préparation de l’équipe de France féminine.
La seule fois où l’un d’entre eux s’est déplacé, c’était le sélectionneur de l’équipe de France masculine, qui est venu nous voir une journée lors d’un rassemblement à Toulouse pour observer le travail de Romain. Une journée sur trois ans ! Est-ce suffisant pour se faire une idée juste du potentiel de l’entraîneur et du groupe ? Pour évaluer la qualité du travail de Romain et de son staff ? Cela m’interpelle, et cela pose forcément question au moment où est prise la décision de remplacer Romain. Quel est le fondement de cette décision, potentiellement lourde de conséquences, car elle impacte l’équipe entière ?
Le timing de ce changement interroge également : avoir un changement de sélectionneur à dix mois de la Coupe du monde, est-ce vraiment raisonnable selon vous ?
Pour moi, c’est un pari extrêmement risqué, pour ne pas dire un non-sens. À dix mois de la compétition, la préparation était déjà planifiée, les joueuses adhéraient au projet de jeu et aux méthodes du staff. Changer de sélectionneur maintenant, c’est rebattre les cartes à un moment où on devrait au contraire chercher de la stabilité. Quel que soit le nouvel entraîneur, il aura très peu de temps pour prendre ses marques, connaître les joueuses, imposer sa patte… On va perdre le temps de l’inertie, là où l’on commençait à récolter les fruits de trois ans de travail.
Je crains sincèrement que cette décision ne perturbe le groupe. Au final, ce sont les joueuses qui risquent d’en pâtir : elles vont subir un changement de méthode, peut-être de vision du jeu, alors qu’elles s’étaient investies à 100 % dans le projet porté par Romain et son staff. J’ai d’ailleurs évoqué cette situation avec plusieurs d’entre elles qui la vivent mal, mais ne s’exprimeront pas de peur d’être mises à l’écart.
Vous avez quitté vos fonctions au sein de la Fédération en septembre dernier. Avec du recul et en étant désormais extérieure à l’organigramme fédéral, quel regard portez-vous sur la gouvernance du rugby à XIII ?
J’entends dire que cette situation n’étonne pas ceux qui vivent de près la gouvernance de la FFR XIII. Mais cela ne me regarde plus et je ne souhaite m’exprimer que sur l’équipe de France féminine.



Le XIII français renaît de ses cendres !
Nan… 😅 Je deconne!
Les dirigeants changent et se ressemblent… Des arriérés !
Et dire qu’a une époque on a pu faire une tournée magique en Australie, créer la coupe du monde…
Pourquoi nous n’avons plus de dirigeants capables…? 😓
Vas-y
Je le suis déjà 😅
Fais nous un cadeau : avec ta puissance intellectuelle, modifie les choses de l’intérieur💪
Pas vraiment surpuissant intellectuellement, mais je fais ma part 😉
#legendeducolibris
Tu nous rejoins ? 😉
parce qu’ils sont comme vous
ils vivent encore et toujours dans le passé