Nickson Borana Ugaia : « J’ai consacré les 12 dernières années de ma vie au rugby à XIII professionnel et j’ai tout donné à ce sport »
Nickson Borana Ugaia, centre de Villefranche XIII Aveyron, revient sur sa dernière saison et les raisons de l’arrêt de sa carrière.
Nickson, peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Nickson Borana Ugaia et je viens de Papouasie-Nouvelle-Guinée. J’ai 30 ans et je vis en France depuis maintenant presque huit ans. Je joue au rugby à XIII professionnel depuis l’âge de 19 ans et j’ai eu la chance de jouer professionnellement en Papouasie-Nouvelle-Guinée, en Australie et en France.
Le rugby m’a offert des opportunités dont je ne pouvais que rêver lorsque j’étais un jeune garçon en grandissant en PNG. Il m’a permis de voyager à travers le monde, de rencontrer des personnes extraordinaires, de découvrir différentes cultures et de grandir aussi bien en tant que sportif qu’en tant que personne.
Que penses-tu de ta dernière saison avec Villefranche ?
Ma dernière saison avec Villefranche a probablement été l’une des plus difficiles de ma carrière, aussi bien physiquement que mentalement. Elle a commencé par une grave blessure très tôt dans la saison. Lors du deuxième match, je me suis malheureusement fracturé le péroné gauche et cela a tout changé pour moi. Les blessures sont toujours difficiles pour les sportifs, car on passe de matchs tous les week-ends à regarder soudainement les rencontres depuis les tribunes. Cela met à l’épreuve la patience, le mental et le caractère.
Mais la blessure n’a pas été le seul défi auquel j’ai dû faire face durant cette période. Plus tôt dans l’année, j’avais déménagé de Toulouse à Brioude, qui se trouve à environ trois heures de Villefranche-de-Rouergue. Les longs trajets pour aller aux entraînements et aux matchs sont devenus très fatigants. Passer autant d’heures sur la route tout en essayant de récupérer physiquement était difficile, aussi bien pour le corps que pour l’esprit.
Malgré tout cela, je garde aujourd’hui un sentiment de gratitude envers cette saison. Les moments difficiles sont souvent ceux qui nous apprennent le plus sur nous-mêmes. Même si ce fut une année compliquée, elle m’a rappelé à quel point le rugby et la famille de Villefranche comptaient pour moi.
Tu as passé plusieurs saisons en France entre Villeneuve et Villefranche. Quelles différences vois-tu entre les deux clubs ?
C’est vrai, je vis maintenant en France depuis presque huit ans et mon parcours a commencé avec les Léopards de Villeneuve. J’y ai passé une excellente première saison. Nous avons réussi à terminer dans le top 6 et j’ai énormément appris durant cette période. Je serai toujours reconnaissant envers Julien Rinaldi, car c’est lui qui m’a fait venir en France. Il m’a recruté directement en Australie après que nous nous sommes rencontrés autour d’un café à Sydney. Ce moment a complètement changé ma vie.
À la fin de cette saison, j’espérais continuer avec Villeneuve, mais le club avait d’autres projets. Peu de temps après, David Collado m’a contacté et m’a parlé de sa vision pour Villefranche XIII. Il voulait aider le club à redevenir compétitif et, à terme, à monter en Élite 1. Ce qui m’a le plus attiré, c’était l’ambition et la passion qui se trouvaient derrière ce projet. J’ai toujours voulu avoir un impact partout où je joue et je sentais que Villefranche allait me donner l’opportunité de contribuer à la création de quelque chose de spécial. Avec le recul, je pense que nous avons vraiment réussi à accomplir cela ensemble.
Les deux clubs sont uniques à leur manière. Villeneuve m’a donné ma première opportunité en France et m’a aidé à m’adapter à un nouveau pays et à une nouvelle culture. Villefranche, en revanche, est devenu ma maison. J’y ai passé sept saisons grâce aux personnes qui composent le club — les joueurs, le staff, les bénévoles et les supporters. Ils m’ont permis de me sentir accueilli, à l’aise et apprécié. C’est ce lien humain qui explique pourquoi je suis resté aussi longtemps.
Quel est ton pire et ton meilleur souvenir en France ?
Je ne pense pas avoir réellement eu de « pire » souvenir en France, mais j’ai évidemment vécu de nombreux moments difficiles. Vivre à l’étranger n’est jamais facile, particulièrement lorsqu’on est un joueur étranger qui arrive dans une culture complètement différente. Au début, tout semble inhabituel : la langue, le mode de vie, l’administration et même la manière dont les gens communiquent.
Mais avec le temps, les choses sont devenues plus faciles parce que j’ai fait l’effort de m’intégrer à la société française. J’ai appris la langue, étudié la culture et essayé de comprendre comment fonctionne la vie en France. Je pense que c’est très important pour les joueurs étrangers. Beaucoup de joueurs viennent de l’étranger en pensant uniquement au rugby, mais la France a tellement plus à offrir que le sport. C’est un magnifique pays avec une histoire riche, une culture diverse et des personnes extraordinaires.
Si je pouvais donner un conseil aux futurs joueurs étrangers, ce serait celui-ci : ne faites pas que jouer au rugby — imprégnez-vous de la culture, apprenez la langue et vivez réellement l’expérience du pays dans lequel vous habitez. Une fois que vous faites cela, la vie devient beaucoup plus enrichissante.
Concernant mon meilleur souvenir, ce serait évidemment le titre de champion d’Élite 2 remporté avec Villefranche XIII. Ce moment était très spécial parce que j’avais le sentiment que des années de travail, de sacrifices et de confiance avaient enfin payé. Nous avons créé quelque chose de mémorable ensemble, en tant que club et en tant que famille. Aujourd’hui, je peux dire fièrement que j’ai laissé une partie de moi en France, auprès de ma famille de Villefranche XIII.
Pourquoi arrêtes-tu ta carrière maintenant alors que tu es encore en bonne forme ?
C’est une très bonne question et, honnêtement, il y a deux raisons derrière ma décision.
Premièrement, je me sens pleinement satisfait de ce que j’ai accompli dans le rugby. J’ai consacré les 12 dernières années de ma vie au rugby à XIII professionnel et j’ai tout donné à ce sport. J’ai eu la chance de jouer et de vivre dans trois pays différents — la Papouasie-Nouvelle-Guinée, l’Australie et la France. L’un de mes objectifs a toujours été de construire une vie à l’étranger grâce au rugby et de remporter un championnat, et j’ai réussi à atteindre ces objectifs.
Deuxièmement, même si je peux encore sembler en bonne forme physiquement, le rugby laisse des traces sur le corps avec le temps. J’ai maintenant 30 ans et, après des années de blessures, de douleurs, d’opérations et de rééducation, mon corps est fatigué et marqué. Le sport professionnel demande énormément, aussi bien physiquement que mentalement.
Pour le prochain chapitre de ma vie, je veux me concentrer sur quelque chose de complètement différent. Je veux créer des entreprises et développer des opportunités en dehors du rugby. J’ai déjà créé une salle de sport en Papouasie-Nouvelle-Guinée appelée Pro Fitness Gym, qui vise à rendre le fitness abordable et accessible aux communautés.
J’ai également officiellement enregistré ma deuxième entreprise en France, appelée Wantok Link Consultancy. Cette entreprise vise à créer des passerelles entre la Papouasie-Nouvelle-Guinée et la France, en faisant la promotion de produits PNG, en mettant des entreprises en relation et en créant des opportunités pour les sportifs et les producteurs.
Je pense que ce nouveau chapitre m’enthousiasme autant que le rugby a pu le faire autrefois.
Quels entraîneurs et quels joueurs ont marqué ta carrière ?
J’ai eu beaucoup de chance de travailler avec des entraîneurs extraordinaires tout au long de ma carrière en France. Je serai toujours reconnaissant envers Julien Rinaldi de m’avoir donné ma première opportunité en France et d’avoir cru en moi dès le début.
Je suis également extrêmement reconnaissant envers David Collado, avec qui j’ai travaillé pendant les sept dernières saisons à Villefranche. Nous avons partagé de nombreux souvenirs inoubliables, sur et en dehors du terrain. Ce n’est pas seulement un grand entraîneur, c’est aussi une personne formidable. Son leadership, sa passion et son investissement pour le club étaient remarquables et je pense sincèrement que Villefranche XIII regrettera son absence la saison prochaine.
Concernant les joueurs, il y en a tout simplement trop pour tous les citer, car chaque coéquipier avec lequel j’ai joué m’a appris quelque chose de précieux. Le rugby est particulier parce qu’il crée des amitiés et des liens fraternels qui durent toute une vie. Certains coéquipiers m’ont poussé à devenir un meilleur sportif, tandis que d’autres m’ont aidé à grandir en tant que personne. Ce sont des relations que je chérirai toujours.
As-tu des regrets lorsque tu regardes en arrière ?
Honnêtement, je n’ai aucun regret. Bien sûr, il y a des choses dans la vie et dans le rugby que j’aurais aimé voir se passer différemment, mais je pense sincèrement avoir tout donné pour représenter mes clubs, mes coéquipiers et les personnes qui m’entouraient du mieux possible.
La vie est parfois imprévisible. On peut tout faire correctement, travailler dur et malgré tout rencontrer des difficultés ou des déceptions. Mais j’ai appris très tôt dans ma vie d’adulte qu’accepter la réalité fait partie du processus de croissance. Les expériences difficiles ne sont pas des échecs : ce sont des leçons.
Chaque difficulté à laquelle j’ai fait face a contribué à façonner la personne que je suis aujourd’hui. Donc plutôt que d’avoir des regrets, je préfère regarder en arrière avec gratitude pour toutes ces expériences, bonnes ou mauvaises, car elles m’ont toutes permis de grandir.
Que souhaites-tu faire après le rugby ?
Pour moi, le rugby à XIII a toujours été un outil qui m’a permis de réaliser mes rêves. Il m’a permis de voyager à l’étranger, de découvrir différentes cultures, de rencontrer des personnes extraordinaires et de construire une vie au-delà de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Aujourd’hui, je sens que ce chapitre est arrivé à son terme et qu’une nouvelle étape de ma vie commence.
Le rugby était l’outil de cette première étape de ma vie, mais aujourd’hui, l’entrepreneuriat sera l’outil de la suivante. Je veux devenir un pont entre la Papouasie-Nouvelle-Guinée et la France. À travers mes entreprises, je veux contribuer à créer des opportunités pour les sportifs PNG, les producteurs de café et de cacao ainsi que les entrepreneurs locaux, en les mettant en relation avec les marchés et les réseaux européens.
La vie évolue par étapes et chaque étape nécessite des outils différents. Le rugby m’a donné de la discipline, de la résilience et des opportunités. Maintenant, je veux utiliser ces mêmes valeurs pour développer des entreprises, avoir un impact et aider les autres à ouvrir des portes à l’international.
Nickson, can you introduce yourself?
My name is Nickson Borana Ugaia, and I am from Papua New Guinea. I am 30 years old, and I have been living in France for almost eight years now. I have been playing professional rugby league since I was 19 years old, and I have been fortunate enough to play professionally in Papua New Guinea, Australia, and France.
Rugby has given me opportunities that I could only dream of as a young boy growing up in PNG. It has allowed me to travel the world, meet amazing people, experience different cultures, and grow both as an athlete and as a person.
What do you think of your last season with Villefranche?
My last season with Villefranche was probably one of the most difficult seasons of my career, both physically and mentally. It started with a serious injury very early in the season. In the second match, I unfortunately fractured my left fibula, and that changed everything for me. Injuries are always tough for athletes because you go from competing every weekend to suddenly watching from the sidelines. It tests your patience, your mindset, and your character.
But the injury was not the only challenge I faced during that period. Earlier this year, I had relocated from Toulouse to Brioude, which is around three hours away from Villefranche-de-Rouergue. The long drives to training sessions and games became very exhausting. Spending so many hours on the road while trying to recover physically was difficult on both the body and the mind.
Despite all of that, I still look back at the season with gratitude. Difficult moments often teach you the most about yourself. Even though it was a hard year, it reminded me how much rugby and the Villefranche family meant to me.
You spent several seasons in France between Villeneuve and Villefranche. What differences do you see between the two clubs?
That’s right, I have now spent almost eight years living in France, and my journey started with the Villeneuve Leopards. I had a wonderful first season there. We managed to finish in the top six, and I learned so much during that time. I will always be grateful to coach Julien Rinaldi because he was the person who brought me to France. He recruited me straight from Australia after we met for a coffee in Sydney. That moment changed my life completely.
At the end of that season, I had hoped to continue with Villeneuve, but the club had different plans. Soon after, David Collado contacted me and spoke to me about his vision for Villefranche XIII. He wanted to help the club become competitive again and eventually move up to Elite 1. What attracted me most was the ambition and passion behind the project. I have always wanted to make an impact wherever I play, and I felt that Villefranche would give me the opportunity to help create something special. Looking back now, I believe we truly achieved that together.
Both clubs are unique in their own way. Villeneuve gave me my first opportunity in France and helped me adapt to a new country and culture. Villefranche, on the other hand, became home for me. I spent seven seasons there because of the people — the players, the staff, the volunteers, and the supporters. They made me feel welcomed, comfortable, and valued. That human connection is the reason I stayed for so long.
What is your worst and best memory in France?
I don’t think I ever had a “worst” memory in France, but I definitely experienced many difficult moments. Living abroad is never easy, especially as a foreign player arriving in a completely different culture. At first, everything feels unfamiliar — the language, the lifestyle, the administration, and even the way people communicate.
But over time, things became easier because I made the effort to integrate into French society. I learned the language, studied the culture, and tried to understand how life works in France. I believe that is very important for foreign players. Many players come overseas thinking only about rugby, but France has so much more to offer than sport. It is a beautiful country with a rich history, diverse culture, and wonderful people.
If I could give advice to future foreign players, it would be this: don’t just play rugby — embrace the culture, learn the language, and truly experience the country you are living in. Once you do that, life becomes much more meaningful.
As for my best memory, it would definitely be winning the Elite 2 Championship with Villefranche XIII. That moment was very special because it felt like years of hard work, sacrifice, and belief had finally paid off. We created something memorable together as a club and as a family. Today, I can proudly say that I left a part of myself in France with my Villefranche XIII family.
Why are you stopping your career now when you are still in good shape?
That’s a very good question, and honestly, there are two reasons behind my decision.
First, I feel fulfilled with what I have achieved in rugby. I have dedicated the last 12 years of my life to professional rugby league, and I gave everything I had to the sport. I was fortunate to play and live in three different countries — Papua New Guinea, Australia, and France. One of my goals was always to build a life overseas through rugby and to win a championship, and I was able to achieve that.
Secondly, while I may still look physically fit, rugby takes a heavy toll on the body over time. I am now 30 years old, and after years of injuries, pain, surgeries, and recovery, my body feels tired and bruised. Professional sport demands a lot physically and mentally.
For the next chapter of my life, I want to focus on something completely different. I want to build businesses and create opportunities beyond rugby. I have already built a gym business in Papua New Guinea called Pro Fitness Gym, which focuses on making fitness affordable and accessible to communities.
I have also officially registered my second business in France called Wantok Link Consultancy. This business focuses on building bridges between Papua New Guinea and France by promoting PNG products, connecting businesses, and creating opportunities for athletes and producers.
I believe this next chapter excites me just as much as rugby once did.
Who are the coaches and players who have marked your career?
I have been very fortunate to work with some amazing coaches throughout my career in France. I will always be grateful to Julien Rinaldi for giving me my first opportunity in France and believing in me from the very beginning.
I am also incredibly thankful to David Collado, who I worked with for the last seven seasons at Villefranche. We shared many unforgettable memories together, both on and off the field. He is not only a great coach but also a great person. His leadership, passion, and commitment to the club were remarkable, and I truly believe Villefranche XIII will miss his presence next season.
As for players, there are simply too many to mention because every teammate I played with taught me something valuable. Rugby is special because it creates lifelong friendships and brotherhoods. Some teammates pushed me to become a better athlete, while others helped me grow as a person. Those relationships are something I will always cherish.
Do you have any regrets when you look back?
Honestly, I do not have any regrets. Of course, there are things in life and in rugby that I wish had gone differently, but I truly believe I gave everything I could to represent my clubs, my teammates, and the people around me in the best way possible.
Life is unpredictable sometimes. You can do everything correctly, work hard, and still face setbacks or disappointments. But I learned very early in my adult life that accepting reality is part of growth. Difficult experiences are not failures — they are lessons.
Every challenge I faced helped shape the person I am today. So instead of regrets, I prefer to look back with gratitude for the experiences, both good and bad, because they all helped me grow.
What do you want to do after rugby?
For me, rugby league was always a tool that helped me achieve my dreams. It allowed me to travel overseas, discover different cultures, meet incredible people, and build a life beyond Papua New Guinea. Now I feel that this chapter has come to an end, and a new phase of life is beginning.
Rugby was the tool for one stage of my life, but now entrepreneurship is the tool for the next stage. I want to become a bridge between Papua New Guinea and France. Through my businesses, I want to help create opportunities for PNG athletes, coffee farmers, cocoa producers, and local entrepreneurs by connecting them with European markets and networks.
Life moves in phases, and each phase requires different tools. Rugby gave me discipline, resilience, and opportunities. Now I want to use those same values to build businesses, create impact, and help others open doors internationally.



un joueur exemplaire et de très bon niveau que se soit au centre ou en 2nd ligne. Un Homme vrai droit et amical. Merci Nickson pour tout et bonne suite!!!