Aurélien Cologni : « Mon regard se tournait vers ce challenge qui sommeillait en moi depuis longtemps »
Aurélien Cologni, actuel entraîneur des skills individuels de l’Union Bordeaux-Bègles, s’est confié auprès de Treize Mondial.
Commençons avec ton actualité la plus récente : qu’est-ce que ça fait d’être double champion d’Europe avec l’Union Bordeaux-Bègles ?
C’est une grande fierté. Un titre européen, c’est déjà en soi une réalisation exceptionnelle. Mais réussir à atteindre cet objectif une deuxième fois consécutive, avec la même régularité et le même niveau d’investissement collectif… cela en dit long sur ce que souhaite construire ce club. Ce n’est pas le fruit du hasard, c’est le résultat du travail d’un groupe de joueurs, d’un staff, de dirigeants et de supporters au sens large du terme. Tous les acteurs ont tiré dans le même sens, ce qui a fait la force de l’UBB.
D’ailleurs, comment s’est fait le passage du rugby à XIII au rugby à XV pour toi ?
Le passage au rugby à XV, j’y songeais depuis un moment. Mais c’est mon éviction du poste de sélectionneur qui a tout précipité. Le XIII avait rythmé toute ma vie, donc terminer de cette façon fut une fracture brutale. D’autant que tout le staff autour de Mathieu Khedimi et Marc Palanques avait travaillé dur pour redonner des couleurs au XIII de France, avec un titre européen en 2018 à la clé… Apparemment, ça n’aura pas suffi à convaincre, mais bon ! Ce qui m’est apparu comme une chasse à l’homme s’est finalement révélé être une chance de me renouveler. C’est Christian Labit, pour qui j’ai un profond respect, qui m’a ouvert cette porte à Carcassonne XV.
Quelles différences vois-tu entre les joueurs entre les deux rugbys ?
La différence majeure, c’est le temps consacré à la préparation individuelle. Au rugby à XV, il est davantage orienté vers le jeu collectif, et pour une bonne raison : les phases de conquête du ballon, mêlées, touches, mauls, exigent une coordination et une maîtrise parfaites des connexions entre joueurs. Il faut être costaud et précis sur ces phases statiques, et cela demande du temps pour se synchroniser, mais aussi pour proposer de la variété dans les lancements afin d’être moins lisible et plus surprenant pour l’adversaire.
Les treizistes, eux, sont avant tout des bourreaux de travail de conditionning, combiné à une finesse technique remarquable. Cette pureté dans les appuis et l’explosivité se travaillent quotidiennement pour la mettre au service de la précision d’un timing de course, de la transmission du ballon ou de la lecture du jeu qui rendent ce sport vraiment particulier. Les joueurs de XV, et en particulier les avants puisque les 3/4 ne souffrent pas vraiment de la comparaison, commencent sérieusement à travailler dur ces aspects.
Tu n’es plus en poste dans le rugby à XIII depuis que tu n’es plus sélectionneur en équipe de France. On sait tous que cette éviction de poste a été un peu étrange. Comment ça s’est passé pour toi ? Et comment l’as-tu vécu ?
Au départ, évidemment, je l’ai vécu comme une décision un peu… surprenante. Un nouveau président, fraîchement élu, qui n’avait pas pris le temps d’échanger avec moi, avait déjà pris sa décision avant les élections… Mais bon, les agendas sont chargés, surtout en préparant 4 Coupes du monde en France, donc je comprends ! Il s’est naturellement tourné vers des personnes qui pensent faire évoluer le XIII depuis des décennies. Mais il a été élu démocratiquement par les présidents de club, et ça, je le respecte pleinement. Je ne suis pas du genre à m’accrocher à un poste, on accepte, on salue, et on rebondit.
Je leur souhaite sincèrement de réussir. Cette décision m’a simplement rappelé l’essentiel : rester fidèle à ses valeurs, travailler dur et sérieusement, pour faire face aux expériences qui essaient de te mettre à genoux.
Depuis, est-ce que tu as eu des propositions dans le rugby à XIII, dans un staff de Super League ?
Je pars du principe que lorsqu’une porte se ferme, une autre s’ouvre. Fraîchement champion de France avec Lézignan, et avec un tournoi européen remporté avec l’équipe de France, un titre qui n’avait plus été décroché depuis 2005, un sentiment d’envie d’ailleurs m’a ensuite traversé avec force. Sans amertume, sans revanche à prendre. Juste le désir d’apporter ailleurs la motivation, l’engagement et le goût pour la victoire qui m’animent incessamment. Des sollicitations du XIII, il y en a eu. Mais mon regard se tournait vers ce challenge qui sommeillait en moi depuis longtemps, tenter d’apporter à XV, c’était le moment ou jamais de le relever. Alors j’ai fait ce choix, pleinement et sereinement.
Tu as vécu les grands débuts des Dragons Catalans il y a 20 ans. Que penses-tu de leur évolution, quand on voit les résultats actuels ?
Les Dragons Catalans, c’est un sujet… Mon histoire dans ce sport, c’est avant tout le XIII Catalan, les Dragons Catalans et le FC Lézignan, des clubs qui ont forgé ce que je suis. Ce club fait partie de mon histoire, une belle réussite à certains moments, mais aussi l’une des premières périodes compliquées de ma carrière de joueur. C’est pour cela que je vais me garder d’apporter un regard sur ces vingt années passées, mon attachement au XIII dans sa globalité est bien plus grand que celui que je peux porter à un seul club. Je garde un œil attentif et avisé sur l’ensemble de la discipline. Ce que je peux dire, c’est qu’ils ont aujourd’hui des personnes très compétentes à tous les niveaux pour perdurer.
Est-ce que tu suis fréquemment le Super XIII ? Si oui, qu’as-tu pensé de la finale à Paris entre Pia et Carcassonne ?
J’ai suivi la finale en direct, et le scénario, l’engagement total des deux formations, le jeu proposé… tout ça était vraiment à la hauteur de la discipline. Pia et Carcassonne ne pouvaient pas faire beaucoup mieux pour élever le XIII, surtout dans la capitale et plus précisément dans un temple du rugby à XV. Carcassonne aurait pu l’emporter, mais sur l’ensemble de la rencontre, Pia a su rester dans le match, scorer sur ses occasions, et finalement renverser la table grâce à Théo Fages, qui a survolé cette finale en termes de gestion, de précision et de clairvoyance.
Pia est aussi récompensée d’un travail de plusieurs années, entrepris par des dirigeants sous la houlette de Franck Rovira, qui a repris le club pour le faire monter d’Élite 2 jusqu’en Super XIII. Chapeau bas. Je suis très heureux également pour Benoît Albert, qui a su manœuvrer ce groupe pour en tirer le meilleur en créant une solidarité qui a permis au groupe de se transcender.
D’ailleurs, que penses-tu de l’idée qui a été émise, mais pas validée, de débuter le championnat en décembre ? Voir de se caler sur les Anglo-Saxons.
C’est un sujet qui est déjà venu sur la table il y a quelques années, et il revient régulièrement. Certains clubs sont pour, d’autres contre, pour des raisons différentes : budget, disponibilité des bénévoles et des joueurs, infrastructures… Chacun a ses arguments, et ils sont tous recevables. L’idée est de se caler davantage sur le calendrier anglo-saxon. Mais la question fondamentale réside dans la clarté de l’objectif et des moyens mis sur la table pour y parvenir. Or ce que je constate, c’est que des idées et des propositions sont souvent émises, mais qu’il manque souvent un plan clair et précis qui permette une projection réaliste. Et sans cette lisibilité, difficile de rassembler tout le monde autour de la table, surtout les clubs opposés, qui ont besoin d’être rassurés concrètement avant d’avancer.
Toi qui es au sein du Top 14, qui est une énorme machine médiatique actuellement et le meilleur championnat du monde, que penses-tu qu’il faudrait modifier dans le Super XIII, pour évoluer et gagner en valeur médiatique ?
La question fondamentale avant tout, c’est : quel produit vendons-nous ? Quelle valeur a-t-il aujourd’hui, et quelle place vise réellement le XIII en France avec les moyens dont il dispose ? Car si l’on est honnête, plusieurs freins structurels empêchent toute évolution sérieuse. Les infrastructures d’abord, on a vu lors de cette finale à Jean-Bouin un stade malheureusement peu garni, et ça dit quelque chose sur notre capacité à remplir des enceintes. Le spectacle autour des matchs ensuite, on ne vend pas uniquement 80 minutes de jeu, on vend une expérience, une émotion, un événement.
Et puis il y a le statut des joueurs, des arbitres et leurs moyens (4e arbitre vidéo ?). Tant qu’ils resteront pluriactifs, le niveau de professionnalisme ne pourra pas franchir le palier nécessaire pour prétendre à une véritable reconnaissance médiatique. La qualité du jeu est là, la finale Pia-Carcassonne en est la preuve. Mais sans réponses claires à ces questions de fond, gagner en valeur médiatique restera un vœu pieux.
Pour terminer, quel est ton XIII de départ de tes coéquipiers ?
Difficile de ne citer que certains tellement j’ai joué avec des tops coéquipiers :
Arrière : Renaud Guigue
Ailiers : Jean-Marc Garcia et Ludovic Dauré
Centres : Pascal Bomati et Pierre Chamorin
Demi d’ouverture : Thomas Bosc
Demi de mêlée : Stacey Jones
Piliers : Adel Fellous et Franck Rovira
Talonneur : Emmanuel Plaza
Deuxièmes lignes : Manu Bansept et Didier Cabestany
Troisième ligne : Pascal Jampy
C’est un XIII de caractère, de talent et d’expérience.



Voilà un garçon intelligent. Pas de médisance, pas de rancœur. Un monsieur qui réussit partout ou il passe. Et dire que la FFR XIII » s’en est séparé « , bref……. Super article.