Romain Maillot : « Valoriser le rugby féminin au sein des clubs et de lui accorder la place qu’il mérite »
Romain Maillot, sélectionneur de l’équipe de France féminine, revient sur les finales et évoque le match international face à l’Irlande.
Plusieurs finales ont eu lieu chez les féminines à différents niveaux, qu’en as-tu pensé ?
J’ai suivi ces finales avec beaucoup d’intérêt. Si le niveau de compétitivité a pu varier selon les rencontres, on a globalement assisté à des matchs intenses, rythmés, avec de belles séquences de jeu. Ces événements sont précieux pour la visibilité du rugby féminin : plus nos joueuses sont exposées, plus elles inspirent et plus on attire de jeunes talents. C’est une dynamique essentielle pour faire grandir la discipline.
Une liste vient de sortir pour le prochain stage, sur quoi tu t’es basé pour le choix des joueuses ?
La sélection s’est appuyée sur plusieurs critères, toujours en lien avec notre volonté de performer à court et moyen terme. Nous avons d’abord pris en compte la forme du moment : les prestations en club, l’état physique, et la capacité à être régulière dans l’effort. L’expérience du haut niveau, la gestion de la pression et la polyvalence ont également été des facteurs importants. Enfin, la capacité à s’inscrire dans un collectif, à adhérer pleinement au projet de jeu et à s’impliquer pour le groupe ont été déterminantes.
Qu’as-tu pensé du niveau du championnat aussi bien chez les cadettes, séniors en passant par la DN et l’Elite ?
Chez les cadettes, on constate une progression technique notable et une vraie envie de jouer. Les jeunes joueuses arrivent avec de meilleures bases et des profils physiques intéressants, ce qui facilite leur intégration dans les niveaux supérieurs. Pour aller plus loin dans leur développement, il serait pertinent d’organiser davantage de rencontres à 13 contre 13, pour les équipes qui en ont la possibilité. Cela permettrait de mieux les préparer encore aux spécificités du rugby à XIII.
En Division Nationale, le championnat s’est révélé particulièrement disputé, avec de belles individualités et une dynamique positive. À terme, l’idéal serait d’évoluer à 13 également afin de renforcer les dimensions stratégiques et technico-tactiques du jeu, le rugby à 9 mettant davantage en avant les qualités individuelles. Cette division joue un rôle clé comme passerelle vers l’Élite 1. La forte présence des clubs du Lot-et-Garonne est un signe prometteur, qui pourrait devenir un atout pour l’Élite.
En Élite 1, deux clubs dominent clairement les débats, même si des équipes comme le RC Bègles XIII ou l’entente Ayguesvives/Limoux ont su rivaliser et accrocher les leaders lors de la première moitié de saison. Pour renforcer le caractère formateur et compétitif du championnat, il est crucial qu’il devienne plus homogène et mieux structuré. Cela est indispensable pour préparer efficacement nos joueuses aux exigences du haut niveau. La pérennisation des clubs existants, ainsi que l’intégration de nouvelles équipes s’appuyant sur un travail de formation solide auprès des jeunes, doivent rester des axes prioritaires. Par ailleurs, des ententes entre clubs proches géographiquement pourraient être une piste intéressante pour élever le niveau global de l’Élite 1.
Le match face à l’Irlande approche à grand pas, comment prépares-tu ce match et quel sera l’objectif ?
C’est une échéance importante que nous abordons avec sérieux et exigence. La préparation a en réalité débuté depuis plusieurs semaines à travers des camps d’entraînement dédiés à l’affinement de notre système de jeu et de nos principes. Désormais, elle va s’articuler autour de plusieurs points : une analyse vidéo détaillée de l’adversaire, des entraînements intensifs pour peaufiner notre organisation, ainsi qu’un travail sur la cohésion et l’unité du groupe. L’objectif est clair : gagner. Mais au-delà du résultat, nous voulons produire une performance pleine. Engagement, discipline et mise en œuvre du projet de jeu seront nos indicateurs. Avec un calendrier international limité cette année, ce match représente une étape clé pour mesurer notre progression et préparer les futures échéances.
En tant que sélectionneur de l’équipe de France féminine, que voudrais-tu dire aux différents présidents de clubs et au président de la Fédération pour une équipe de France performante à la prochaine Coupe du monde ?
Je n’ai pas de message particulier à transmettre, car tous les acteurs du rugby à XIII féminin sont déjà bien conscients de la situation, des enjeux, et s’investissent pleinement. Pour qu’une équipe de France performante puisse non seulement se préparer à la prochaine Coupe du monde, mais aussi s’inscrire dans une dynamique durable, il est essentiel de continuer à valoriser le rugby féminin au sein des clubs et de lui accorder la place qu’il mérite. Le succès de l’équipe nationale repose largement sur la force et la santé de nos clubs. Une vision partagée entre clubs, structures de formation et Fédération est également fondamentale.
C’est cette cohérence collective qui garantit un investissement constant dans la formation des jeunes joueuses, un encadrement de qualité (entraîneurs diplômés, préparateurs physiques certifiés), un suivi médical adapté et des conditions d’entraînement optimales. Le bien-être et le développement des joueuses doivent rester au cœur de nos priorités. Des initiatives encourageantes, comme la création de sections féminines au pôle de Carcassonne ou à Albi, témoignent d’une dynamique positive. Il est important que d’autres projets similaires voient le jour, portés par une stratégie claire, des objectifs ambitieux et un engagement réel.
Les grandes nations sont déjà bien avancées dans leur développement. Pour suivre cette évolution, il est indispensable de structurer un parcours cohérent pour les jeunes joueuses, de la détection jusqu’à l’équipe de France A, en passant par les étapes intermédiaires comme les pôles rugby à XIII, U17 et U19, à l’image de ce qui existe chez les garçons. Un championnat solide, un parcours de formation lisible et des passerelles entre les différents niveaux sont indispensables pour faire progresser le rugby à XIII féminin et permettre à l’équipe de France d’atteindre son meilleur niveau, aujourd’hui comme à long terme.


