Bastien Mathieu : « Nous sommes sans cesse le dernier maillon de la chaîne »
Bastien Mathieu, président du Val d’Orbieu, a répondu à nos questions pour évoquer son club, la Fédérale, la crise sanitaire ou encore la situation de l’arbitrage.
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Bastien Mathieu, j’ai 32 ans et je suis vigneron indépendant. Membre fondateur de la renaissance du Val d’Orbieu il y a maintenant un peu plus de 4 ans et actuel président du club. Le rugby en général, mais surtout le rugby à XIII m’ont énormément apporté. J’ai eu la chance de faire partie d’une génération « dorée » au FC Lezignan, ou l’on a pu goûter aux plaisirs immenses de gagner des titres (Minimes, Cadet, Juniors) avec des joueurs tel que Florian Quintilla, Yoan Tisseyre, Julien Espugna, Benjamin Sarda et bien d’autres tout aussi talentueux… J’ai pu aussi côtoyer des dirigeants fabuleux tous le long de ma carrière sportive ! Il était donc temps pour moi de rendre au rugby ce qu’il a pu m’apporter en remontant le Val.
Peux-tu nous parler de ton club, nombre de licenciés, de dirigeants ?
Le Val d’Orbieu, c’est l’association de plusieurs villages. Saint-Pierre-des-Champs, Lagrasse, Ribaute et Camplong d’Aude. La création du club remonte aux années 68/69. Après 35 ans de sommeil, la renaissance a eu lieu avec une poignée d’anciens dirigeants et joueurs. Nos emplacements se situent sur le magnifique village de Lagrasse où nous avons une structure sportive superbe. Une bien belle pelouse, un Club House tout neuf et des vestiaires en super état. Nous avons actuellement, environ une trentaine de joueurs licenciés au club qui viennent du Val de Dagne et de Lézignan principalement et nous sommes une bonne douzaine de dirigeants. Le plus cette saison, c’est de posséder une école de rugby qui compte aujourd’hui une cinquantaine de petits. Les Pitchouns ! Cette école a été lancée l’an passé sous la houlette de Stéphane Selles, entraîneur de l’équipe première et qui aujourd’hui est gérée d’une main de fer par Caroline Malric et quelques autres dirigeants.
Quel impact a eu la crise sanitaire sur votre structure ?
La crise sanitaire nous a beaucoup touchés. Elle a, je pense, touché assez durement les joueurs en cassant leurs rythmes hebdomadaire d’un joueur de rugby amateur… Finis les entraînements, les matchs et surtout les 3ème mi-temps d’autant plus importante pour la cohésion d’un groupe. Après ça, la motivation n’est plus trop la même chez certains et les gars se sont éparpillés… Tout comme les dirigeants aussi à moindre échelle. On est repartis cette saison, mais ça été « compliqué » pour re-motiver les troupes. Cependant, nous y sommes parvenus et grâce à l’arrivée de nouveaux joueurs on est reparti sur de bonnes bases.
Est-ce que la FFR XIII a aidé les clubs à passer ce moment difficile ?
Il y a eu effectivement quelques aides financières sur par exemple le prix des licences revus à la baisse pour les licences renouvelées. Pour le reste…
Quelles sont les ambitions du club à court et long terme ?
À court terme nous n’avons pas d’ambition disproportionnée pour le club, mais souhaitons par-dessus tout, bien le structurer. Finir de bien poser les fondations avant quelconques envies de gravir les échelons sportifs ! À nous de prouver sur le terrain que nous pouvons monter. À long terme, nous souhaitons devenir une place forte du rugby à XIII dans cette partie des Corbières en développant l’école de rugby et l’équipe première et pour cela, nous avons avec l’entraîneur en particulier une idée qui nous tiens à cœur, c’est de pouvoir créer une entente avec le Val de Dagne (club en sommeil depuis 2 saisons). C’est une entente qui aurait tout son sens, tant par la proximité géographique que par le réservoir des jeunes pour l’école de rugby et des adultes pour la une. Tout cela redonnerait une vie sportive dans cette place historique du rugby à XIII français. Une piste que nous allons étudier avec nos amis du VDD si ils veulent bien entendu. L’appel est donc lancé.
Continuer l’entente avec l’USF XIII et être leur réserve comme chaque année depuis la renaissance. À voir pour une éventuelle évolution. À ce compte je tiens à les remercier pour leur fidélité sans faille, une histoire sportive mais avant tout humaine nous lie.
Et enfin la dernière ambition serait de trouver une entente avec un club de rugby à XV voisin… Nous avons eu et avons dans nos rangs des joueurs à la double licence. Nous avons à apprendre des deux rugbys, n’en déplaise aux puristes. À l’image de Leucate et Salses, mais aussi de Villegailhenc et Pezens par exemple !
Le championnat Fédérale semble à la peine avec de nombreux forfaits, reports ou encore matchs joués en égalité numérique, quel est ton avis sur la situation de la division ?
Excusez-moi du terme, mais la situation est catastrophique… Et pas qu’en Fédérale malheureusement ! La Covid ne nous a pas aidés effectivement mais le mal est plus profond je pense. Je suis dans le milieu de la Fédérale depuis 2009 et j’ai vu évoluer le rugby des villages. Il a augmenté en intensité, la moyenne d’âge est plus basse, les jeunes plus véloces et mieux préparés physiquement. Les mentalités changent…
Aujourd’hui, avant de lancer un gars qui n’a jamais joué un match de rugby dans le grand bain, on y réfléchit à deux fois ! Du coup les clubs basés sur l’amitié, l’amusement et le côté festif de notre sport se sont vite retrouvé limités, puis s’essoufflent et enfin disparaissent… Ce qui rend notre championnat pas forcément attrayant ! L’écart entre la Nationale et la Fédérale est important. Tout comme la Nationale avec l’Elite 2.
As-tu des idées pour améliorer la Fédérale ?
Pour améliorer la Fédérale, il faudrait déjà que l’on soit un peu plus considéré ! Nous sommes sans cesse le dernier maillon de la chaîne… Pour commencer, à l’édition des calendriers, essayer de trouver un terrain d’entente entre les clubs proches géographiquement parlant. Par exemple, éviter de faire jouer le Val d’Orbieu à Lagrasse en même temps que Ferrals à Ferrals et l’As Corbières à Lézignan ou Saint-Laurent. Là, personne n’est gagnant ! Pour peu qu’il y ait un FCL vs Carcassonne (ou autre) au Moulin et là c’est parfait. S’il ne peut en être autrement, proposer aux clubs de jouer sur un seul et même terrain dans la mesure du possible bien évidemment…
Pourquoi pas remettre la catégorie espoir ? Cela permettrait à certains bons joueurs de rester en contact des semis pro et de ne pas créer des écarts de niveau énorme en Fédérale en descendant trop vite les échelons.
Créer une certaine logique dans le système des réserves. Prenons notre cas, nous sommes réserve de l’USF XIII qui joue en Nationale et qui elle est réserve du FCL XIII, il manquerait une équipe Elite 2 pour avoir la logique parfaite…
Bien évidemment tout cela n’est que mon humble avis ! À nous d’être intelligent et de se mettre autour d’une table pour faire évoluer tout ça.
Il y a aussi la pénurie d’arbitres, des matchs de Fédérale sont sans arbitre, quelle est ta position par rapport à tout cela ?
Je suis atterré par cette situation… Jouer sans arbitres ? Ça va être la porte ouverte à des matchs qui dégénèrent… C’est un peu comme un avion sans pilote ! J’entends et je comprends amplement que des arbitres qui se font insulter, malmener voire frapper le dimanche finissent par ranger le sifflet. C’est normal même. Ce n’est vraiment pas bon pour notre sport de voir cela.
Alors, on va sûrement nous imposer d’avoir un arbitre par club, chose que je peux entendre, mais comment peut-on faire quand on arrive péniblement à trouver des joueurs ou même des dirigeants pour le club, à trouver une ou deux personnes pour arbitrer ? Franchement je suis un peu perplexe sur le sujet…


